De nombreuses bactéries sont abritées dans nos intestins, indispensables au bon fonctionnement de notre organisme et au maintien de notre santé. Elles ont notamment prouvé leurs effets bénéfiques dans le cadre de la digestion. En effet, ces bactéries vont dégrader nos aliments en nutriments afin de les rendre utilisables par notre corps, mécanisme essentiel à la croissance d’un être vivant. Le microbiote pourrait donc être un élément important dans le processus global de croissance.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, plus de 155 millions d’enfants de moins de 5 ans présentaient un retard de croissance dû à une malnutrition en 2016.

En cas de malnutrition chronique, le microbiote intestinal est altéré : les bactéries pathogènes vont proliférer dans les intestins au détriment des bactéries bénéfiques, entrainant une dysbiose. Les aliments sont alors moins bien métabolisés, ce qui pourrait conforter un retard de croissance.

Pour tenter de comprendre et de limiter l’impact de la sous-nutrition, des travaux précliniques ont été réalisés sur des souris.

Dans une première étude, des échantillons de selles ont été collectés auprès de nouveau-nés du Malawi, sains ou sous-alimentés. Ces échantillons ont été transplantés (transplantation fécale) à des souris axéniques, c’est-à-dire dépourvues de bactéries. Elles ont ensuite été nourries avec des aliments couramment donnés à des enfants du Malawi. Les résultats ont montré des perspectives encourageantes : les souris ayant reçu le microbiote d’enfants bien nourris se développaient mieux que celles colonisées par le microbiote d’enfants malnutris (prise de taille et croissance osseuse). Une transplantation ultérieure du microbiote des souris saines a ensuite permis aux souris avec un microbiote altéré de rétablir une croissance normale. Bien que cette étude ne soit qu’à un stade préclinique, elle suggère néanmoins que la consommation de certaines bactéries par des enfants malnutris pourrait améliorer leur état de santé.

Une seconde étude a, quant à elle, montré les effets d’une monocolonisation de Lactobacillus plantarum sur des souris en condition de régime standard ou de sous-nutrition chronique en comparaison à des souris axéniques ou monocolonisées par d’autres bactéries. Les résultats ont permis de mettre en valeur que la colonisation intestinale par L plantarum permet une plus forte prise de poids ainsi qu’un meilleur développement des souris, résultats comparables à celui de souris ayant une flore classique. Certains probiotiques pourraient donc être capables de favoriser la croissance postnatale.

Ces résultats étant prometteurs, des recherches cliniques pourraient être envisagées, permettant de lier les approches de nutrition classique avec une supplémentation en probiotiques spécifiques.

LC

BLANTON LV, CHARBONNEAU MR, SALIH T, BARRATT MJ, VENKATESH S, ILKAVEYA O, SUBRAMANIAN S, MANARY MJ, TRHAN I, JORGENSEN JM, FAN YM, HENRISSAT B, LEYN SA, RODIONOV DA, OYSTERMAN AL, MALETA KM, NEWGARD CB, ASHORN P, DEWEY KG, GORDON JI. Gut bacteria that prevent growth impairments transmitted by microbiota from malnourished children. Science. 2016,351(6275)

SCHWARZER M, MAKKI K, STORELLI G, MACHUCA-GAYET I, SRUTKOVA D, HERMANOVA P, MARTINO ME, BALMAND S, HUDCOVIC T, HEDDI A, RIEUSSET J, KOZAKOVA H, VIDAL H, LEULIER F. Lactobacillus plantarum strain maintains growth of infant mice during chronic undernutrition. Science. 2016, 351(6275):854-7